Un outil à haut potentiel

Le Gua Sha est un outil ancien de la tradition chinoise. Il se pratique à l’aide d’un instrument à bord lisse que l’on fait glisser sur la peau, selon différentes zones et différents trajets.
Au cabinet, il peut être utilisé simplement, sur une zone de tension ou de douleur, comme il peut prendre une place beaucoup plus importante dans un travail corporel global.
Ces deux usages ne se confondent pas.
Un geste ancien
Dès l’Antiquité chinoise, les grands textes fondateurs de la médecine chinoise décrivent déjà des instruments et des gestes de raclage, de massage ou de pression appliqués à la surface du corps.
Plus tardivement, en 1675, Guo Zhi-Sui décrit une véritable méthode de Gua Sha.
La pratique du Gua Sha s’est ensuite développée au fil du temps, jusqu’à devenir l’une des formes de travail corporel que l’on connaît aujourd’hui.
Le titre de cette page fait écho à l’ouvrage "Gua Sha — Un outil à haut potentiel", de Daria Briguet et Antoine Wegmüller, auprès desquels j’ai été formé il y a une dizaine d'années.
Deux façons d’utiliser le Gua Sha
Un travail ponctuel
Le Gua Sha peut être intégré à une consultation pour travailler une zone particulière : la nuque, les épaules, le dos ou toute autre région qui le nécessiterait.
Il devient alors un outil parmi d’autres, utilisé lorsque cela est pertinent.
Un travail plus global
Dans certaines situations, le Gua Sha peut prendre une autre dimension.
Il ne s’agit plus seulement de travailler une zone spécifique ou douloureuse, mais d’aller à la rencontre d’une organisation corporelle plus ancienne, parfois installée depuis longtemps.
Le travail devient alors plus profond.
Quand le Gua Sha devient-il pertinent ?
Le Gua Sha global ne se décide pas seulement à partir d’un symptôme.
Il dépend aussi du moment, de la rencontre et de la capacité du corps à assimiler ce qui va être mis en mouvement.
Avant d’aller travailler profondément sur une organisation ancienne, il faut parfois regarder l’état du terrain.
La Terre peut-elle assimiler ce qui va être mis en mouvement ?
Le corps dispose-t-il d’un centre suffisamment stable pour accueillir le changement ?
La Jarre et les Éphémères
Il était une fois une jarre dans laquelle avaient éclos des éphémères.
Les éphémères sont de petits insectes dont la vie adulte ne dure que quelques jours.
Pendant quelques jours, ils vécurent dans les limites de leur jarre.
Puis la jarre fut retirée.
Les éphémères étaient libres.
Et pourtant, ils continuèrent quelque temps à voler comme si la jarre était encore là.
La limite avait disparu. Mais le mouvement était resté.
Cette histoire est un conte, pas une expérience scientifique. Elle illustre pourtant une question qui m’intéresse beaucoup dans le travail corporel :que devient une adaptation lorsque la contrainte qui l’a produite a disparu ?
Ainsi, une adaptation peut avoir été nécessaire à un moment donné et continuer pourtant à organiser le corps longtemps après que la contrainte a disparu.
Le corps apprend.
Il s’adapte.
Il trouve une manière de tenir.
Et parfois, cette manière de tenir finit par devenir une seconde nature.
Le Gua Sha peut alors participer à desserrer cette organisation. Mais faire tomber la jarre ne suffit pas toujours.
Après la jarre
Retirer une ancienne adaptation ne garantit pas qu’une nouvelle organisation puisse immédiatement prendre sa place.
On peut se sentir plus libre et pourtant plus vulnérable. Plus ouvert, mais moins ancré.
C’est pourquoi le travail ne consiste pas seulement à déconstruire. Il faut aussi regarder ce que le corps est en mesure d’assimiler.
Pour qu’un mouvement nouveau puisse émerger, encore faut-il que le Centre puisse l’accueillir et l’assimiler.
La première enveloppe
C’est notamment pour cette raison que le travail commence souvent par la structure : le haut du dos, les épaules, les trapèzes.
Ces zones peuvent constituer une première enveloppe : une manière de tenir, de se protéger, de contenir.
Le travail ne consiste pas simplement à relâcher cette enveloppe.
Il s’agit d’abord de rencontrer la manière dont le corps s’est organisé.
Puis, progressivement, de lui permettre d’expérimenter autre chose.
Le Gua Sha comme dialogue
Il peut aussi devenir un moyen d’observer le dialogue entre ce qui protège encore et ce qui cherche à émerger.
Ce qui était déjà là.
Le Gua Sha n’invente rien. Il peut révéler ce qui était jusque-là resté invisible dans le corps.
Sur une même zone, chez certaines personnes, la réaction du corps peut être très discrète, alors que chez d’autres elle peut être beaucoup plus marquée.
Ce qui apparaît devient alors une information.
Une adaptation n’est pas nécessairement un problème.
Elle a souvent protégé.
Elle a permis de traverser quelque chose.
Elle peut simplement être devenue trop coûteuse, ou ne plus correspondre à ce qui est aujourd’hui.
Et c’est peut-être là que le Gua Sha prend sa dimension particulière : non pas forcer le corps à abandonner ce qui l’a protégé, mais lui permettre progressivement d’explorer une autre manière d’être.
Ce qui protège encore et ce qui cherche à émerger peuvent alors entrer en dialogue.
Une pratique qui s’inscrit dans le temps
C’est pourquoi le Gua Sha global n’est généralement pas proposé en première intention.
La rencontre doit avoir eu lieu.
Une confiance doit pouvoir s’installer.
Le Gua Sha ponctuel peut toutefois être utilisé dès le début du suivi lorsqu’il répond simplement à un besoin local ou à un premier contact avec le soin.
Le travail plus global, lui, apparaît lorsque le moment est juste et que le Centre est suffisamment solide pour accueillir et assimiler ce qui va être mis en mouvement.
Un espace retrouvé
Dans les retours qui suivent certains soins, deux impressions reviennent régulièrement :
un sentiment d’espace retrouvé
et
un regain d’énergie.
Comme si, en desserrant certaines stagnations, il devenait possible de retrouver davantage de territoire et de mouvement.
Le travail n’est alors pas de remplacer une contrainte par une autre.
Il ouvre simplement un peu plus d’espace pour que le corps puisse retrouver sa propre manière d’être.
Le Gua Sha n’est ainsi pas une technique appliquée de manière uniforme, il s’inscrit dans une rencontre, un moment et un mouvement propres à chacun.







